mardi 15 septembre 2009

C'EST QUOI CE FOUTU MOI?

COMMENTAIRE DE SaveNow du 09-09-09
à propos DES HAUTS ET DES BAS DE LUNA TIC :

Effectivement, c'est notre "moi" incertain, celui qui doute de ces capacités, celui qui préfèrent le "paraitre" au véritable "être" qui forment l'ego. Mais l'ego ne se constitue qu'à travers autrui. C'est lorsqu'on pense à comment autrui nous perçoit, autrui penserait ça ou ça ou encore ça (oui ça en fait des ça) de nous, que nait l'égo.
La solution ? J’entends les extrémistes dirent qu’il faudrait liquider autrui...
C'est une belle utopie mais posez ces machettes et rentrez chez vous en paix mes frères...
Oui je sais vous êtes déçus...

Plus sérieusement, je crois que dans le processus d'élévation, le fait d'approfondir la conscience de soi passe par l'occultement d'autrui. Ainsi, on s'aperçoit que c'est NOTRE vie ! C'est à Nous de la construire, à Nous de lui donner la forme souhaiter, à Nous de la VIVRE bons sang !
Certain passe leur temps à faire, défaire, penser ou dépenser (oui je sais, elle était facile) dans le seul but d'être aux normes avec autrui. Ou plutôt aux normes avec l'image qu'une l'élite veut nous donner d'autrui. Comme le dirais Desproges : " L'élite de ce pays permet de faire et défaire les modes, suivant la maxime qui proclame : "Je pense, donc tu suis." "
Ainsi, c'est donc par le processus d'élévation, de conscience de soi plus profonde et métaphysique que nous pouvons dépasser le regard des autres.
Ce regard qui autrefois me définissais, me jugeais, me terrorisais.
Je m'arrête une minute... et je dédie cette minute à m'observer... Sans préjugés... Dans une totale objectivité... Je crois que c'est là le travail le plus dur de l'éveillé. Ce détachement de toutes ces croyances, convictions et opinions passés afin d'acquérir ce concept que beaucoup de journaliste utilise de nos jours à tord... celui d'Objectivité...

J'ai essayé de répondre... ça (oui encore ce "ça") vaut ce que ça vaut :)
ça-lutation ! :)
9 septembre 2009 12:06

RÉPONSE À SAVENOW

Bien d'accord avec toi, SaveNow, oui, c'est à nous et non aux autres de construire notre vie comme nous l'entendons. Sauf qu'au lieu de liquider autrui c'est bien plutôt ce "moi qui doute de ses capacités" et se soucie tellement de l'opinion des autres qu'il nous faut liquider sans tarder! Occulter autrui n'est pas plus possible que d'éliminer l'image dans le miroir sur lequel on se penche.
D'après mes sources, l'égo existe potentiellement chez le nouveau-né et commence à se développer automatiquement autour de deux ou trois ans. Il semble que sa fonction soit nécessaire à la gestion de notre existence au quotidien dans le monde relatif et conventionnel. Le corps et l'esprit se doivent de survivre, ils portent un nom, c'est une convention et c'est là tout ce que l'on peut légitimement accorder comme réalité à l'ego, celle d'un nom conventionnel; car par ailleurs, toute investigation sur sa nature aboutit au constat qu'on ne peut le cerner par l'analyse et qu'il n'est localisable en aucune façon ni dans le corps, ni dans l'esprit, ni dans les deux réunis, ni en dehors d'eux.
Le problème n'est pas l'ego, mais le fait de s'identifier au corps, à l'esprit et au nom qui leur sont assignés et qui constituent la base sur laquelle on désigne l'ego ou la personne. C'est comme si l'on se prenait pour sa valise ou pour son véhicule. Ces constituants sont faits pour nous mener d'une rive à l'autre de l'existence, de la naissance à la mort. On dit "mon corps, mon esprit, mon nom" sans trop se soucier de savoir qui s'attribue ces constituants, ni de justifier la contradiction que représente le fait de se dire leur propriétaire tout en prétendant être la même chose qu'eux. Nous ne sommes pas davantage un ego que nous ne sommes un estomac mais nous avons besoin des deux pour fonctionner. C'est tout. En réalité, il n'y a rien à éliminer sauf l'erreur qui fait que l'on se prend pour ce que l'on n'est pas.

C'est pourquoi je pense que ce tu appelles "le fait d'approfondir la conscience de soi" passe non pas par l'élimination de l'autre mais plutôt par la réalisation que l'autre plus moi ne font pas deux, nous ne sommes ni différents ni séparés ainsi que nous le croyons dur comme fer.
C'est justement cette identité avec autrui qui est réalisée par le chercheur au travers de l'analyse puis dans le silence de la méditation; sans pour autant créer de contradiction avec le fait que chaque être est unique et irremplaçable.
La réalité est paradoxale, n'est-ce pas? Mais elle ne s'est jamais engagée à se plier à nos croyances et à nos préjugés.
L'objectivité dont tu parles avec tant de chaleur n'est pas un gage de vérité, l'Histoire avec un grand H en témoigne, elle n'existe tout simplement pas chez les mortels qui vivent sous le joug des émotions et ne voient le monde qu'au travers du voile qu'elle tissent.
C'est ainsi que le chercheur scientifique, qui ne s'est libéré ni de ses émotions — ses espoirs, ses craintes, ses doutes, sa vanité, sa jalousie etc — ni de la masse de connaissances inachevées qu'il a mémorisée, a beaucoup de mal à voir dans l'objet de son observation autre chose que ce qu'il s'attend à voir en relation avec son savoir et ses hypothèses. Quelle sorte d'expérience va-t-il faire de la réalité, elle qui n'a cure de ses hypothèses? Elle ne lui offre en retour qu'une ombre de la vérité, une approximation, un principe d'incertitude, un reflet de ses doutes et de ses propres projections. C'est pourquoi cette recherche ne peut avoir de fin.
Un géant de la spiritualité Indienne contemporaine, Sri Nisargaddhata Maharaj, dit à ce propos que le chercheur scientifique est pareil à l'enfant qui court après son ombre sans jamais parvenir à la saisir, et ne découvre la réalité que lorsque sa mère l'éclaire en lui montrant qu'il lui suffit de toucher sa tête pour que sa recherche aboutisse.

L'impartialité seule, caractéristique de celui qui n'ayant ni préférence ni rejet voit en dehors de tout jugement que tout s'équivaut et se compense, qu'il n'existe ni profit ni perte et réalise l'égalité de toutes choses et de toutes les formes de vie, est le propre de l'Éveillé. Tout pour lui est également digne de son amour et de sa compassion. Voilà ce vers quoi doit tendre tout chercheur spirituel, quelle que soit sa tradition ou sa laïcité.
Personne n'a le pouvoir de nous définir, de nous juger, de nous terroriser si nous ne le lui accordons pas. Je pense comme toi que c'est par un processus d'élévation de la conscience de soi que l'on peut dépasser non seulement le regard des autres mais également le regard erroné que l'on porte sur soi-même et sur le monde.

Quand tu dis "j'ai essayé de répondre" c'est parfait. Pourquoi ensuite ajouter "ça vaut ce que ça vaut" ? Être bien ou mal noté par autrui n'a aucune importance. Ce qui compte c'est de faire de son mieux et d'accepter que notre réflexion peut évoluer et notre compréhension s'élargir. Ceux qui se veulent trop fidèles à leurs conceptions risquent de se fossiliser. Notre vérité d'aujourd'hui peut ne pas être celle de demain, et c'est heureux! Car c'est en cela aussi que réside notre liberté.

Le sarcasme auquel tu as fais référence précédemment, est-ce un stratagème? Une façon de déguiser sa pensée? ou autre chose encore? Quoiqu'il en soit, la réalisation que tu as eu soudain de la façon dont tu en fais usage m'a parue lumineuse.
Éclaire-moi.

mardi 1 septembre 2009

LES HAUTS ET LES BAS de Luna Tic

Voici, amis de RDV l'email que j'ai reçu de Tiger Eye et la réponse qu'il m'a inspiré. Je me suis plongée une fois de plus dans une réflexion sur le thème du bonheur et de l'insatisfaction qui a présidé à l'ouverture de ce blog, mais le sujet est loin d'être épuisé. Mes doigts volent sur le clavier.
La quête du bonheur... Miroir aux alouettes? Ou la simplicité même? L'inépuisable tonneau des Danaïdes? Ou celui de Diogène? Allons, jetons un œil dans le miroir du Grand Vide.

chere lise
jai eut une grosse periode de doute et je n'ai rien envie d'organiser alors on a annuler ce pourtant beau projet de ballades en espagne
avec ce peu de temps et la periode d'inscription de septembre je vais me poser dans le coin mais pas loin...
bon des fois je me sens tellement joyeuse c incroyable parceque des fois je suis down! tellement lunatique!!
biz

Salut Tiger Eye,
Les hauts et les bas sont la preuve que tu es VIVANTE, les morts ne connaissent ni hauts ni bas.
Ton esprit va et vient comme la navette du tisserand, c'est ainsi que se tisse la toile du monde de tes pensées, l'univers dans lequel tu vis. Il est peint aux couleurs de tes émotions et clic! te voici rose de plaisir, et clac! rouge de colère, et glup! verte de jalousie, et beurk! grise comme un ciel de pluie et ainsi de suite.
Tu montes aux nues quand tu brasses des pensées stimulantes, ton moral tombe dans le trente sixième dessous quand tu tricotes tes doutes avec des idées noires. Mais qui les fabrique? Toi, bien sûr! À quoi te servent-elles? À te transformer en yoyo! En haut, en bas, en haut et... rebelote!
Jusqu'à quand vas-tu t'en laisser conter par ce mental bavard? Cet ego fauteur de trouble, cet "Oncle Picsou" avare, grognon, roublard et trouble-fête.
Quand tu en auras bien marre — mais vraiment raz le bol! — tu lui riras au nez et tu trouveras la voie du Milieu, le chemin intérieur tout au long duquel on frôle les précipices du désir et de la crainte, du doute et de l'orgueil, comme un joyeux funambule, en gardant l'équilibre.
Le remède à tous les problèmes qu'engendre l'ego c'est de s'oublier et d'avoir le souci des autres.
La compassion, la générosité sont les antidotes à la souffrance et cela s'explique, si l'on veut bien y réfléchir, par l'enchaînement de causes et d'effets que voici:
Lorsqu'on se soucie trop de soi on souffre d'insatisfaction chronique: on n'a pas ce que l'on souhaite, on subit ce que l'on ne désire pas, on ne se trouve pas "à la hauteur", on se sent limité, perdu, incomplet. On se dit qu'il doit bien exister quelqu'un au monde qui pourrait nous compléter ou quelque chose qui saurait combler notre manque.
Mais qui? Mais Quoi? L'autre est inachevé, incomplet comme nous, et on finit par se lasser des plus beaux jouets. Alors? On n'a le goût à rien, on tourne en rond dans ce cercle vicieux de l'insatisfaction sans trouver la sortie.
Par ce bout il n'y en a pas.
Il s'agit de faire une pause, du silence et de rompre le cercle. C'est possible car il n'est pas plus réel que celui formé par un brandon que l'on fait tourner assez vite. En fait, il est constitué de nos stratégies, de nos préjugés, de nos vieilles habitudes de penser, ces casseroles que l'on traine derrière soi avec lesquelles il va bien falloir rompre pour qu'elles nous laissent vivre en paix et heureux.
Lorsqu'on se soucie de autres on ne songe qu'à trouver des solutions pour leur venir en aide, il en résulte qu'on oublie de se tourmenter pour soi-même et cela entraîne un soulagement immédiat. On peut enfin souffler, et le souffle, comme chacun sait, est le véhicule de l'inspiration; celle-ci rend créatif et lorsque la créativité s'éveille, elle trouve le champ dans lequel s'exercer — nous sommes tous doués pour certaines choses. L'exercice de la créativité infuse bientôt une dose incroyable d'énergie, celle-ci se traduit par un dynamisme physique et psychique, on se sent régénéré, en pleine possession de ses moyens, une force paisible emplit d'amour tout notre être, intégrant notre coeur, notre intelligence et notre esprit. Quelle joie!
Tout se passe alors comme si l'on se nourrissait d'une "potion magique".
Vrai de vrai! Non je ne blague pas. Mets-le à l'épreuve, tu verras par toi-même.
Au début il faut un peu se forcer à cause de la vieille habitude bien incrustée de se chérir par dessus tout et d'estimer que rien ni personne n'est plus important que nous, mais lorsqu'on persévère ça devient naturel de donner plus de place aux autres dans son cœur; on apprend même à se passer de la reconnaissance de ceux qu'on aide. Il vaut mieux ne pas en attendre de gratitude, rares sont ceux qui en font preuve, certains plus orgueilleux peuvent même se détourner de ceux qui les ont aidé.
Mais qu'importe? L'acte altruiste porte en soi sa récompense: la joie qu'il procure d'avoir accompli l'acte juste. Ce n'est pas "moi" qui donne, la Vie offre à la Vie, on est quitte, personne ne doit rien à personne. Quelle légèreté!
Je ne dis pas que c'est facile, l'égo rechigne à donner sans rien attendre, mais porter le fardeau de l'insatisfaction chronique n'est pas non plus une partie de plaisir! Voilà, c'est une issue de secours par laquelle on peut alléger sa souffrance, celle des autres et aborder sur un nouveau rivage où il fait bon vivre.
Ca vaut la peine d'essayer, Tiger Eye, sachant que tout ce que tu fais pour autrui c'est pour toi que tu le fais.
À prime abord ça peut sembler paradoxal mais c'est un fait, la Vie est Une, tout est Vie, tu es la Vie et chaque être l'est pareillement.
Tel est le secret qui se transmet de bouche à oreille depuis l'aube des temps et dont chacun peut faire son beurre sa crème et sa potion magique! Et toi, Tiger Eye, avec un nom pareil, je suis sûre que tu sortiras victorieuse — rieuse! — des hauts, des bas et de tout le tralala...
Baisers à toi, à vous tous et à sous peu.
Lise


lundi 20 juillet 2009

PARIS/TEXAS SYNCHRONICITY

Le 17 juillet dernier, j'envoie un mail à des amis de RDV, Hank et Donna de San Antonio au Texas, USA, auquel je joins en attaché la vidéo Rain (Pluie) en leur souhaitant de jouir de cette Pluie.

Le 18 juil. 09 à 01:33, Hank Berez a écrit :
Lise...creativity has no limits....we have not had rain in san antonio for more than 6 months...guess what? when I opened this attachment the heavens over san antonio opened up with welcomed rain...so thank you!!! have a wonderful weekend.,..

mucho besos...

hank & donna
Traduction:
Lise… la créativité n'a pas de limites… nous n'avons pas eu de pluie à San Antonio depuis plus de 6 mois… par quel hasard? Lorsque j'ai ouvert cette pièce jointe les cieux se sont ouverts sur San Antonio déversant une pluie bienvenue… Alors merci!!!
Un merveilleux weekend…
Plein de baisers…

video

mardi 14 juillet 2009

Synchronicité n°5-UN 14 JUILLET RENVERSANT


En ce temps-là, j'habitais rue Baron à Paris dans le 17è. C'est un quartier banal, à l'écart du 17è résidentiel où les communautés noires et blanches se côtoient en évitant soigneusement de se rencontrer. Lorsque j'allais à la laverie automatique toute proche, où les femmes et quelques hommes du voisinage venaient laver leur linge, je me livrais à toutes sortes de stratagèmes pour entrer en matière, obtenir un regard, en espérant un sourire de la part de mes voisins "blacks" dont je ne supportais pas la stratégie du "ignore-moi comme je t'ignore". Cela donnait:
"Pouvez-vous me dire combien de temps dure le programme de lavage?" ou "Cela vous ennuirait-il de m'aider à plier mes draps, ils sont si grands et il y a si peu de place ici…" ou encore "Avez-vous des pièces de monnaie en trop pour la machine de séchage…" C'était une denrée rare car la machine à faire de la monnaie était souvent en panne. Toute cette vieille laverie était défaillante, mais je ne l'étais pas moins lorsque voyant les regards obstinément tournés dans la direction opposée à mon sourire avenant, je désespérais de rencontrer une prunelle noire amicale.
Que voulez-vous, j'aime les blacks. Je les trouve belles ces femmes en boubous chamarrés, avec leurs bébés aux yeux comme des escarboucles étincelantes, et ces hommes à la démarche souple, tellement élégants dans leurs vêtements de sport, ou vêtus de costumes dernier cri portés avec la même désinvolture que s'ils étaient nus. Il me semble qu'ils ont gardé quelque chose que nous autres, blancs, avons perdu ou n'avons peut-être jamais eu. Est-ce le naturel? Le contact des pieds nus avec la terre? Ou une façon d'être au monde comme s'ils lui appartenaient et non l'inverse comme nous, les nantis, le croyons avec impudence? J'avoue ne pas y avoir réfléchi.
Mais je me suis laissée dériver sur les sentiers tortueux de ma mémoire, alors que j'étais en route pour vous raconter ce qui s'est produit au 6 de la rue Baron, un soir de 14 juillet, vers minuit trente, alors que j'étais sur le point de me mettre au lit.
Pour la première fois depuis longtemps, je me trouvais seule à Paris pour célébrer cette fête chère à mon cœur. Je n'apprécie pas les défilés militaires mais je vibre comme une flèche dans la cible dés qu'il s'agit de libération et de révolution, et puis j'aime me frotter aux foules en liesse dans les bals publics, à la Bastille, à la caserne des pompiers près de la rue de Rennes, ou sur la Place de la République. Mais j'avais ce soir là une envie impérieuse de voir le feu d'artifice le plus somptueux de l'année et je voulais être au premier rang des spectateurs, face à la plateforme du Trocadéro d'où partait le lancement. J'avais donc prévu d'y aller tôt pour être bien placée. Mais auparavant, afin d'aller à la fête l'esprit libre, il fallait que je prenne une décision sur laquelle j'étais hésitante. Je devais choisir entre l'appât du gain et une galère en perspective.
Une agence de voyage renommée me proposait d'accompagner un groupe de touristes, fin Août, pour un circuit au Pakistan et en Inde, pays que je connaissais déjà pour y avoir conduit des groupes, mais je trouvais l'itinéraire mal conçu, trop chargé. J'imaginais sans peine les problèmes qui ne pourraient manquer de surgir à la suite d'interminables journées d'autocar, avec des véhicules aux amortisseurs d'un âge antédiluvien, sans air conditionné par une chaleur accablante; je savais la frustration qu'engendre le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les gens du pays pas même en anglais — langue dans laquelle le Français n'excelle pas —, l'exaspération d'être continuellement sollicité par les marchands de rues et les mendiants, la fatigue après des visites trop courtes faites au triple galop… Un vrai piège à touristes ce tour! Oui mais...Par ailleurs, j'avais besoin d'argent. Je tournais et retournais le problème, pesant le pour, le contre, sans arriver à faire un choix.
Pile ou face, non! Je me fie plus volontiers à l'antique sagesse du tarot tel qu'Oswald Wirth en a dessiné et commenté les arcanes. Je décidai de tirer une seule carte. Celle qui se présenta fut le XVl, la Maison Dieu. Cet arcane, le plus funeste des 22 arcanes majeurs, représente une tour foudroyée par un éclair qui la décapite, précipitant deux personnes dans une chute mortelle. Je n'étais déjà pas chaude pour guider ce voyage, mais l'avertissement sévère de l'arcane XVl
me refroidit considérablement. Tant pis pour le gain, je ne prendrai pas le risque d'accepter ce travail. Soulagée d'avoir pris ma décision, je partis allègrement pour le Champs de Mars, laissant ma voiture garée rue Baron pour prendre le métro qui m'éviterait l'enfer du parking, ainsi, rien ne m'empêcherait de jouir pleinement du feu d'artifice de ce 14 Juillet.
Il fut éblouissant! Et par Zeus! Le plus cosmopolite qui soit. Assise dans l'herbe du Champ de Mars, parmi des myriades de personnes, non loin de Miss Eiffel — une tour de bonne augure s'il en est — j'entendais parler toutes les langues du monde à l'exception du français. Tant mieux! Le langage des sourires et des gestes aimables, chacun se serrant un peu pour accueillir de nouveaux arrivants, me convenait parfaitement. Nous étions là par milliers, heureux d'y être et nous n'aurions pas cédé notre place pour un empire. Le feu d'artifice dépassa toutes mes espérances, ce fut… un feu d'artifice! Je revins chez moi en partie à pied le reste en métro, épuisée mais comblée par mon 14 Juillet.
Je souris en trouvant abandonnée sur ma couche la carte de tarot que j'avais tirée avant de partir, la Tour Eiffel illuminée m'avait fait oublier la tour foudroyée et ses corps tournoyant dans le vide. Il ne me fallut qu'une minute pour plonger avec délectation dans mes draps parfumés à la lavande, mais à peine avais-je mis un pied dans mon lit que la sonnerie du téléphone me le fit retirer pour aller décrocher. Je me demandais qui pouvait bien m'appeler à une heure aussi tardive, une erreur sans doute.
— Bonsoir, Madame, êtes-vous madame Medini Lise, propriétaire d'un véhicule Renault Fuego immatriculé numéro xxxxx?
— Oui.
— Ici le commissariat du 17è, c'est bien votre véhicule qui se trouve rue Baron devant le numéro 32?
— Oui, mais vous savez l'heure qu'il est?
— Oui, Madame, mais je dois vous prévenir qu'une personne s'est défenestrée, qu'elle est tombée sur votre véhicule et que…
— Votre plaisanterie n'est pas drôle et…
— Je comprends vos doutes, Madame, mais je ne plaisante pas, si vous voulez, allez constater les dégats sur votre voiture et rappelez le commissariat pour vérifier ce que je vous ai dit, n'hésitez pas à le faire.

Ce que je fis sans hésiter, découvrant ainsi que la plaisanterie n'en était pas une et par la même occasion qu'il me faudrait passer au commissariat demain à la première heure, afin de signer des papiers et obtenir une attestation prouvant à mon assurance que je n'avais pas sauté à pieds joints sur ma voiture en état d'ivresse pour en défoncer le toit.
Qui? Comment ? Pourquoi
justement sur ma voiture? J'étais abasourdie. Impossible de vous décrire mon état et la nuit étrange qui s'ensuivit. J'allai dés huit heures du matin au commissariat de police où je remplis et signai comme un zombi tous les papiers qu'un agent me soumettait, n'ayant qu'une question en tête.
— Qui est la personne qui s'est suicidée?
— C'est une jeune fille mais nous n'avons pas le droit de vous dire son nom.
— A-t-elle succombé?
— Elle était inanimée quand l'ambulance l'a emmenée, on ne peut pas vous en dire plus.
— Dans quel hôpital l'a-t-on transportée?
— Nous n'avons pas le droit…
— Je veux téléphoner pour avoir de ses nouvelles, ai-je dit en élevant le ton, elle est tombée sur
ma voiture, et je ne crois pas au hasard, je peux peut-être faire quelque chose pour elle…
— N'insistez pas, Madame.
Découragée, je me dirigeais vers la porte quand une femme qui avait assisté sans mot dire à cet entretient, contourna son bureau pour s'approcher de moi un papier à la main et lisant à mi-voix "Elle s'appelle Linda X, elle est à l'hôpital Untel, à telle adresse, en salle de réanimation." Je lui souris avec gratitude et la remerciai chaleureusement. Elle souleva un sourcil et me dit "Il faut bien s'entraider!"
Je rentrai chez moi et appelai immédiatement le service de réanimation de l'hôpital. À l'aide-soignante qui me demandait si j'étais de la famille de Linda, j'avouai la vérité et elle me donna sans réticence les informations que je désirais. Oui, elle avait survécu mais elle était dans le coma et l'on ne pouvait dire si elle avait des chances d'en sortir vivante un jour. On savait qu'à la suite de sa chute, il y avait de la casse mais jusqu'à quel point, c'était trop tôt pour le dire. On attendait les résultats des examens qu'elle avait subis. Il fallait patienter quelques jours. Sa famille s'était-elle manifestée? Personne ne s'était présenté. Pouvais-je me permettre de rappeler pour avoir de ses nouvelles? C'est sur un ton chaleureux qu'elle me dit "Bien sûr, c'est si triste qu'elle soit seule dans cette épreuve! C'est une toute jeune fille vous savez." J'aurais voulu pouvoir l'embrasser pour ces simples mots. Par la suite, je pus constater la gentillesse et la serviabilité de tout le personnel soignant de ce service.

À cette époque, je donnais des conférences à la Sorbonne dans le cadre de l'Université Populaire de Paris, sur la philosophie bouddhiste et les méthodes de méditation permettant de développer la quiétude mentale et la compassion. C'était ce que j'avais trouvé de mieux pour travailler sur mon égoïsme et mon caractère prompt à la colère. À plusieurs reprises, des auditeurs s'étaient présentés en me demandant si je voulais bien leur enseigner ces exercices de façon à pouvoir s'entraîner régulièrement avec moi. Un groupe se forma et j'acceptai de les accueillir bénévolement à mon domicile, où nous avons commencé à méditer ensemble avec un bonheur et une énergie incroyables.
Ce jour-là, je leur racontai l'histoire de Linda et leur proposai de travailler sur une méthode de méditation particulière, appelée "tog-len", en Tibétain, cela signifie prendre et donner. Les maîtres de cette technique affirment qu'elle permet non seulement à celui qui s'y exerce d'atteindre à l'éveil de la conscience dans les plus brefs délais, mais également de secourir ceux à qui l'on dédie cette pratique. À partir de ce jour, toutes nos méditations furent dédiées au rétablissement de Linda, à qui nous envoyions mentalement des douches d'énergie lumineuse et curative.
Je téléphonais régulièrement à l'hôpital où j'apprenais que Linda dormait toujours d'un profond sommeil dont on ignorait s'il aurait un terme. C'était la Belle au Bois Rêvant, que nous appelions à l'éveil de tous nos vœux. Je ne pouvais m'empêcher d'avoir confiance dans notre pratique, en particulier, dans la force de notre motivation. Au bout de trois semaines, j'appris qu'elle donnait des signes de conscience, l'infirmière me dit que son visage exprimait la douleur qu'elle ressentait dans son corps fracturé en de multiples endroits. C'était infime mais encourageant. Évidemment, elle souffrait! Mais tout valait mieux que l'inconscience dans laquelle elle avait sombré. Les personnes du groupe de méditation se réjouirent avec moi et nous poursuivîmes avec encore plus de concentration nos émissions d'énergie lumineuse en direction de Linda.
Quelques semaines plus tard, l'aide soignante m'annonça qu'elle était réveillée mais n'avait pas retrouvé l'usage de la parole, cependant, elle comprenait ce qu'on lui disait. Non, personne n'était venu la voir.
— Croyez-vous, demandai-je, qu'elle aimerait recevoir ma visite?
— Ne quittez pas, je vais le lui demander.
Elle avait répondu à l'infirmière par un signe affirmatif. Je sautai dans ma voiture cabossée et une heure après, j'étais au chevet d'une belle jeune fille de moins de vingt ans avec de longs cheveux bruns et de grands yeux noirs dans un visage pâle et amaigri. Linda essayait de répondre à mon sourire et de serrer ma main qui enveloppait la sienne et c'était vraiment émouvant, mais elle ne pouvait parler, je fis donc seule les frais de la conversation. Je me souviens de lui avoir vu sur les lèvres un sourire plus gai encadré de jolies fossettes quand je lui ai dit en faisant une grimace comique qu'elle s'était donnée bien du mal pour ruiner ma vieille guimbarde qui ne lui avait pourtant rien fait, à part de lui sauver probablement la vie. J'ai ajouté que celle qui avait sauté par la fenêtre, s'était définitivement envolée emportant avec elle tous ses soucis. Aujourd'hui, la Linda à qui je parlais venait juste de naître, une nouvelle vie l'attendait pleine d'aventures, de belles et bonnes surprises. Je voyais son visage s'éclairer peu à peu et quand je lui ai demandé si elle voulait bien me faire confiance et croire en ce que je lui disais, elle a baissé les paupières en signe d'assentiment en serrant fort ma main. Je l'ai embrassée en lui promettant de revenir bientôt.
Lors de ma visite suivante, j'appris qu'elle avait reçu la visite de ses parents et celle d'un jeune homme que l'infirmière croyait — me dit-elle derrière sa main avec un air ravi — être son fiancé. Le médecin qui suivait son cas avec lequel je m'étais entretenu, avait de fortes présomptions de fracture grave de la colonne vertébrale, il craignait qu'elle ne puisse jamais marcher à nouveau. J'en fis part au groupe et nous redoublâmes de pratiques et de souhaits en sa faveur, faisant des vœux pour qu'elle retrouve l'usage de la parole et de ses jambes.

Croyez-moi si vous le voulez, un an plus tard, Linda, la Belle au Bois, désormais bien éveillée et campée sur ses deux jolies jambes, me téléphona de province pour m'annoncer son mariage avec son Prince Charmant. J'eus de ses nouvelles, au bout d'un certain temps, pour l'entendre me dire dans un éclat de rire qu'elle était enceinte, et une fois encore pour me parler de leur joie à tous deux d'avoir un enfant et qu'ils étaient heureux.
Voici un conte qui se termine à merveille, selon la pure tradition, mais de grâce, laissez-moi croire que dans cette succession de coïncidences — pour ne pas dire de synchronicités (!) — nous avons peut-être joué le rôle de ces bonnes marraines fées, car notre groupe était essentiellement constitué de femmes. Cela dit, quand je pense à la carte du tarot que j'avais tirée lors de ce 14 Juillet, je me demande si "mon art divinatoire" ne s'est pas trouvé gravement en défaut, car l'image parlait davantage de ce qui allait se passer le soir-même, là où j'avais garé ma voiture, que de mon circuit en Asie. Quoiqu'il en soit, pour ne pas vous laisser sur cette fin, j'appris quelques mois plus tard que l'accompagnatrice du groupe que j'avais refusé de guider, s'était confrontée à de sérieux problèmes tout au long du voyage, qu'elle était revenue déprimée, et que les participants sont rentrés en France parfaitement mécontents. Pour ma part, je rends grâce au tarot de m'avoir incitée à rester à Paris où j'ai échappé au pire — la mauvaise humeur légendaire des touristes Français (!) — et où j'ai pu, aidée de mes amies, faire un bout de chemin avec Linda pour l'accompagner vers sa guérison.
Je suis loin d'être la seule à avoir connu ce genre d'expérience et nous sommes de plus en plus nombreux à chercher dans cette direction subtile. Quand une partie de l'humanité donne des signes de décadence, une autre prend la relève et fait croître le renouveau. Nous avons tous la liberté de forger le Monde dans lequel nous aimerions vivre, la société est le reflet de nos choix. Si nous voulons une société paisible, équitable, non coercitive et fraternelle, soyons d'abord nous-mêmes, dés maintenant, là où nous nous trouvons, des membres représentatifs de ces qualités, le reste coulera de source.

samedi 20 juin 2009

SYNCHRONICITÉ - n°4

Voici ce qui m'est arrivé il y a quelques mois à peine. J'avoue avoir hésité avant de me décider à vous raconter cet événement qui révèle mon rapport intime avec la Nature ou ce que j'appelle ma vraie nature, source que je situe au centre de chacun de nous et à laquelle nous pouvons tous puiser en abondance énergie, amour et sagesse.

À dire vrai, les expériences de synchronicité se produisent pour moi en relation avec la confiance que j'ai dans ma faculté de me relier aux forces de l'univers et de recevoir leurs lumières. Je les crois bienveillantes, intelligentes, et elles éclairent ma route à moins que mes vieux schémas préfabriqués n'y projettent leur ombre, et ceux-ci, il m'incombe de les reconnaître afin de ne pas tomber dans leurs pièges. Je n'y parviens pas toujours d'emblée, je le confesse, je fais la sourde oreille pendant un temps, mais l'aiguillon de la vérité — qui ne me laisse jamais en paix — vient finalement à bout de ma surdité. Mais venons-en au fait.

Je ne sais pas s'il faut l'attribuer à la foi ou à la superstition, mais je porte à mon cou une chaîne d'or héritée de ma mère à laquelle sont venus s'ajouter des gris-gris auxquels je suis attachée; en particulier un médaillon d'argent rond, ciselé, contenant une miniature indienne, une sorte de mandala peint à la main protégé par un verre. Il m'a été offert lors d'un voyage, par un membre de la famille du Maharajah de Jodhpur et ne m'a pas quittée depuis plus de vingt ans. Personne, même parmi les initiés indiens à qui je me suis adressée, n'a pu me traduire les symboles qui figurent sur cette peinture. Pour toute information, j'ai appris qu'ils se réfèrent au Tantra de la Grande Mère, car en Inde, Dieu est aussi adoré sous forme féminine. Cet objet quelque peu énigmatique possède, il faut le reconnaître, d'étranges vertus, en particulier celle de fasciner certaines personnes croisées dans la rue, dans une boutique ou dans les transports en commun, au point qu'elles sont incapables d'en détacher leur regard, et qu'elles finissent, à leur propre étonnement, par le pointer du doigt — quand elles n'essaient pas de le prendre en main — et m'interrogent sur ce qu'il représente. J'ai avec cet objet une relation très particulière, je le crois capable de diffuser l'éveil de la conscience et l'amour qu'il symbolise.

Or, voici qu'un jour, faisant le tour de mes plantations selon mon habitude, je me penchais sur chaque plante, fleur, arbuste ou arbre fruitier, vérifiant qu'aucun n'était habité par des parasites ou ne souffrait d'un manque d'eau, de terreau, ou bien d'un mot d'encouragement accompagné d'une caresse; car je crois les végétaux doués d'une certaine sensibilité et je m'adresse à eux comme à l'une des formes que revêt la vie pour s'embellir. Je me suis donné pour tâche de les faire naître, de les protéger, de leur permettre de croître et d'orner la Terre. Au cours de cette visite, je tenais ma chaîne et le médaillon à la main. Quelques heures plus tard, un sentiment de manque me fit porter la main à mon cou et je ne pus que constater son absence. C'était le crépuscule et il faisait déjà bien sombre pour me mettre en quête du bijou, il fallait donc remettre ma recherche au lendemain. J'étais confiante, sûre de le retrouver rapidement.

Au matin, je tentai de refaire le trajet de la veille, mais je ne me souvenais pas vraiment de mon circuit; il se confondait avec celui des jours précédents, et je réalisai bientôt qu'il couvrait une vaste étendue. Ce ne serait peut-être pas aussi simple que je l'avais imaginé. Un jour s'écoula en recherches vaines, puis deux, trois… Je devins obsédée. Chaque jour qui passait me voyait perdre un peu plus l'espoir de retrouver mon médaillon. Je fis appel à un ami sourcier du village voisin, qui vint avec son pendule. Échec. Il me dit que cet objet était magique et ne se laissait pas trouver. Ah bon! Au bout de deux semaines, je décidais d'en faire mon deuil et de cesser de le chercher. Après tout, le moment était venu de m'exercer au lâcher prise et au non attachement.

Plus facile à dire qu'à faire! Dès que je mettais le pied dehors, mes yeux fouillaient chaque pierre du chemin, chaque touffe d'herbe et je ne pouvais m'empêcher de penser que ma chaîne gisait quelque part, peut-être tout près de moi, enfouie dans l'herbe touffue, au pied d'un arbre ou d'une des plantes que j'avais visitées voici deux semaines. Hé bien, puisqu'il en était ainsi, j'allais faire une ultime tentative et, m'adressant aux arbres, aux massifs de fleurs et à chaque brin d'herbe avec la plus profonde sincérité, je les priai mentalement en ces termes:

"Vous tous que j'aime et à qui je prodigue tous mes soins, je suis sûre que vous savez où se trouve la chaîne que j'ai perdue. Voulez-vous m'aider à la retrouver? Oh, je vous en prie! Si vous êtes d'accord, je vais marcher les yeux fermés et je vous laisserai me guider jusqu'à elle".

Ce que je fis, entrouvrant un œil de temps en temps pour ne pas tomber. J'avançais lentement, au hasard; au bout de quelques minutes, une pensée me traversa l'esprit, le soleil étant au zénith il devrait faire rayonner l'or de la chaîne et la désigner ainsi à mon regard; ouvrant les yeux à cet instant, je vis effectivement scintiller quelque chose à deux mètres de mes pieds, dans une botte de thym. Le cœur battant, acceptant d'avance la possibilité d'une déception — ce pouvait être un silex ou un de ces vieux C.D. que j'attachais aux cerisiers pour éloigner les oiseaux — je me penchai sur la plante et, à son pied noueux, enfouis parmi les herbes et les feuilles mortes, je trouvai la chaîne et le médaillon que je désespérais de revoir.

Entre ma prière et le moment où je vis l'or scintiller, il ne s'était pas écoulé plus de cinq minutes. Inutile de vous dire mon bonheur et la gratitude que je m'empressai de manifester à mes merveilleux amis les arbres et les plantes. M'approchant de chacun, je déposai un baiser par ci, une caresse par là, osant à peine effleurer la pensée du miracle qui venait de se produire, mais quelle joie! Et cela, par la grâce de mon jardin.

Coïncidence? Synchronicité? Quoique cela puisse être, d'où que cela vienne et quelle qu'en soit la médiation, pourquoi nommer ce qui dépasse les noms? Nous ne pouvons encore une fois que remercier la Vie et l'Univers pleins de forces à l'œuvre, prêtes à guider nos pas et à développer la foi dans notre infini potentiel humain.

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vendredi 12 juin 2009

SYNCHRONICITÉ OU COÏNCIDENCE n° 3


Voici quelques années, par une belle journée de printemps, je me promenais dans une jardinerie avec l'espoir de rencontrer une nouvelle plante pour orner mon jardin. Je ne tardai pas à être attirée par une botte de feuilles vigoureuses d'où jaillissait une fleur d'hibiscus d'un rouge éclatant. Ce fut le coup de foudre! Je n'avais encore jamais planté d'hibiscus mais j'avais aperçu non loin de chez moi, de ces superbes plantes parées d'une multitude de fleurs écarlates, et je m'imaginais l'effet que cela produirait quand je verrais la mienne éclore depuis la fenêtre de ma cuisine, à côté du laurier rose.
Je l'achetai et m'empressai de la ramener chez moi pour la mettre en terre avec une bonne poignée de terreau à l'endroit prévu. Tous les jours, je venais me pencher sur mon bel hibiscus auquel je ne ménageai ni mes soins ni mes paroles d'encouragement — car je dois vous avouer que je parle avec tous les végétaux et animaux qui peuplent mon jardin. Il m'offrait très régulièrement le spectacle d'une éclosion, puis le lendemain, celui d'une fleur splendide qui se fanait le jour suivant. Une fleur à la fois. Jamais plus.
Au bout d'un certain temps, tandis que je l'arrosai, je murmurai: "Ta fleur est très belle, mais pourquoi une seule à la fois ? J'aimerais tellement te voir couvert de fleurs!" Les jours suivants, aucune fleur n'apparut. Et puis un matin, je le vis couvert de boutons qui s'épanouirent le lendemain formant une magnifique botte de fleurs. Puis, elles se fanèrent et en quelques jours, je vis mon bel hibiscus dépérir malgré tous mes soins et en peu de temps, mourir sans que je ne puisse rien pour lui. Lorsque vint le moment de l'arracher, une larme tomba sur sa racine sèche.
Inutile de vous dire, amis de RDV, que de ce jour, plus jamais je ne me suis avisée de demander ni en paroles, ni en pensées à quiconque, humain, animal ou végétal de me donner plus qu'il ne peut offrir. Telle fut la leçon qui me fut enseignée par le plus généreux des hibiscus.
Coïncidence? Synchronicité?
"Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?"


jeudi 28 mai 2009

Synchronicité n°2-SUITE DE COÏNCIDENCES


Non! Ce n'est pas une blague. J'ai moi-même du mal à y croire ou plutôt, je pense à vous, amis de RDV, et je me dis "ils vont s'imaginer que j'invente". Voici pourtant la pure, la simple vérité.

Hier, je me demandais laquelle de mes aventures de synchronicité j'allais rédiger demain pour vous. Serait-ce celle de Linda qui voulut mourir un soir de 14 juillet? Où celle de ma rencontre avec trois Grands Ducs ? Ou celle de l'oiseau, du camion et de mon chat? Ou… Bref je ne savais par où commencer. Devais-je suivre une chronologie et raconter la plus lointaine, lorsqu'à quinze ans, par une nuit d'été, l'appel des étoiles m'a tirée du lit pour me livrer un message? Ou l'une des plus récentes, liée à l'aigle qui se révéla être mon protecteur et mon sauveur?

Épuisée par mes travaux de jardinage, l'éducation de mes huit chatons de six semaines et les fringales de leurs trois mères, angoissées par les audaces de leurs rejetons — dressage pas évident mais pas impossible — je filai à dix heures me mettre au lit, au radar, en oubliant le parcourt du combattant qui mène à ma couche surtout si j'oublie d'éclairer l'escalier conduisant à la bibliothèque, puis à ma chambre. Je fis donc une chute bien prévisible, sans pourtant renverser la tasse de lait chaud que je tenais d'une main tandis que de l'autre je rétablissais l'équilibre. Bravo Lise!

Redescendre au premier, chercher contrecoup, la fiole magique de l'Abbé Perdrigeon, masser la cheville, et enfin, faire un tour d'horizon dans ma bibliothèque pour me détendre avec un roman parmi les livres récemment achetés dans la capitale. Je sortis La Prophétie des Andes qu'une prévention m'avait fait écarter jusqu'à ce jour car je craignais d'y trouver tous les poncifs du Nouvel Age, mais comme c'était le seul que je n'avais pas lu, je décidai, après avoir découvert au dos du livre que 20 millions de lecteurs dans 35 pays du monde m'avaient précédés, d'être la 20.000.000 nième et une lectrice de cette œuvre de James Redfield. Je ne connaissais pas cet auteur américain, mais une intuition m'avait fait mettre son livre dans mon panier lors de mon dernier achat. On verrait bien.

Enfin, je m'étendis voluptueusement dans mon grand lit, enfermée dans une moustiquaire de tulle impalpable telle que l'on n'en trouve qu'en Inde, au Bengale dont je l'avais rapportée. Ici en pleine campagne les moustiques se lèvent tôt se couchent tard et nous dévorent dés la mie-avril. J'ouvris le livre et lus une note de l'auteur introduisant son sujet. Surprise! Je vous en livre quelques extraits.

"…Nous sommes à ce moment précis de notre histoire (humaine), tout particulièrement en harmonie avec le processus de la vie, et savons accueillir ces événements qui surviennent comme par hasard… et impriment une nouvelle direction et une nouvelle inspiration à notre existence… Nous avons l'intuition que ces événements mystérieux recèlent un sens caché plus élevé. Nous comprenons que le sens de la vie réside dans un dévoilement progressif de l'élément spirituel… Lorsque nous aurons saisi ce qui se passe vraiment, que nous saurons comment provoquer ces coïncidences et intensifier leurs conséquences, le monde des hommes franchira un bond véritablement sidéral vers un nouveau mode de vie que l'humanité essaie d'atteindre depuis toujours. Si l'histoire qui suit cristallise en vous quelque chose que vous avez perçu dans votre vie, alors n'hésitez pas, faites partager votre expérience à quelqu'un d'autre. Je pense en effet que cette conscience nouvelle du spirituel se propage exactement ainsi… par une sorte de contagion psychologique entre les hommes."

J'ai lu avec intérêt ce livre, dont le sujet traite essentiellement de l'expérience, de l'étude et de la mise en application des coïncidences et des intuitions à des fins de connaissance de soi et de développement spirituel. La psychologie y a une part importante; le côté exotique, polar et aventure ajoute le piment qui fait digérer le côté didactique et le rend facile à lire pour le commun des mortels —dont je suis— .

La dernière partie de ce livre s'appelle Shambala et rend compte d'un voyage qui va de Kathmandu au Népal vers le Tibet et mène au fameux pèlerinage du Mont Kailash et du lac Manasarovar. Or, il se trouve que mon compagnon était justement entrain de faire ce même parcourt, et je pouvais le suivre à la fois sur l'itinéraire qu'il m'avait laissé avec son programme jour par jour, et dans les pages du livre de James Redfield où le dangers ne cessaient de se multiplier J'avoue que j'ai trouvé cette série de coïncidences pour le moins troublantes.

Certes, comme bien des chercheurs de ma génération, des œuvres comme celles de Carlos Castaneda, Richard Bac, Khalil Gibran et plus récemment Don Miguel Ruiz et Eckart Tollë, nous ont ouvert la voie et préparé le terrain pour nous libérer d'un scepticisme rationaliste dont nous nous réclamions au nom de la sacro sainte science. Mais celle-ci en a pris un coup dans l'aile du rationalisme avec les nouvelles avancées sur la relativité et l'univers des quanta.

L'introduction de Redfield m'encourage donc à poursuivre l'idée qui m'est subitement venue début mai, de vous faire partager les événements étranges qui ont émaillé ma vie, appelés coïncidences ou synchronicités. Ma rencontre avec ce livre ne vous semble-t-elle pas représentative de ce type d'expérience? J'en suis moi-même la première étonnée. La suite de la petite suite dans ma prochaine communication.

Je sais que parmi vous, amis de RDV, se trouvent des personnes qui ont eu également des expériences de cet ordre. Considérez ce blog comme le votre, et confiez-nous ce que vous voudrez bien partager, en toute amitié.

dimanche 10 mai 2009

SYNCHRONICITÉ OU COÏNCIDENCE-1




J'ai envie de vous raconter quelques histoires qui font un peu penser à des contes, bien qu'elles me soient arrivées en diverses occasions, au fil de la vie, au vu et au su de mes proches.
Elles concernent un type d'évènements n'ayant apparemment aucun lien entre eux, et dont la simultanéité produit un effet que rien ne laissait prévoir. Comme on ne peut se l'expliquer, on dit "Oh! Quelle coïncidence!", ou bien on l'attribue au "hasard" — un fameux bouc émissaire!
C.G. Jung, l'un de mes deux précieux instructeurs occidentaux — l'autre étant Oswald Wirth —, a nommée "synchronicité" ces concours de circonstances où un événement extérieur coïncide avec un événement intérieur sans lien causal apparent. Parfois, cela peut avoir un vif impact sur notre vie et sur notre conscience. Lorsqu'on est le sujet d'une telle expérience, tout se passe comme si le rêve et la réalité s'interpénétraient pour nous délivrer un message. Il se peut qu'on le capte immédiatement et c'est le déclic, une porte s'ouvre. Ou bien c'est une information qui change le cours de notre vie. Une croyance erronée s'effondre, une foi nouvelle s'offre à nous. Le message peut également mettre des années avant de se faire entendre, certainement dû à notre surdité. Mais le jour où il nous parvient, le cœur nous bat. On réalise quelque chose d'important qui nous saute aux yeux comme une évidence, et parfois, on regrette de ne pas avoir compris plus tôt. Il arrive également qu'on l'oublie pour un temps mais il attend l'occasion de filtrer à nouveau. Pour les plus durs d'oreille, l'événement ne laisse que peu ou pas de trace. Le message est perdu.
Mais lorsqu'on apprend à se mettre à l'écoute des murmures de la nature, on capte des informations subtiles qui semblent nous arriver "par hasard", ou à la suite d'une interrogation silencieuse qui trouve sa réponse au sein de notre intime présence.
On voudrait remercier l'auteur du message mais… d'où vient-il? De qui est-il? Chacun a sa réponse: Dieu, disent les uns, le Grand Architecte, notre cœur ou notre conscience, la Vie, la Grande Mère, la Sagesse Éternelle, ou qui sait quoi, disent les autres…
Peu importe, pour ma part, j'ai adopté le dire d'une antique tradition "Tout ce qui tombe du ciel est béni."

C'est ainsi qu'un jour, Nasruddhin Hodja marche avec deux compagnons de pèlerinage lesquels s'interrogent:
— Lorsque vous comptez la recette des aumônes que vous avez reçues, comment déterminez-vous la part qui vous revient et celle qui revient à Dieu?
— Moi, dit l'un, je trace un cercle autour de moi et je lance les pièces en l'air, ce qui tombe dans le cercle est pour Dieu, ce qui tombe en dehors est pour moi. Et vous?
— Moi, dit l'autre, je trace un cercle autour de moi, je lance les pièces en l'air, tout ce qui tombe à l'intérieur du cercle est pour moi, ce qui tombe à l'extérieur est pour Dieu.
— Et vous, comment faites-vous? Demandent ses deux compagnons en se tournant vers Nasruddhin Hodja.
— Moi, répond-il, je lance les pièces en l'air, Dieu prend ce qui lui revient et ce qui retombe est pour moi.
Attention! Ce qui retombe n'est pas toujours ce qu'on espérait.

Voici donc une expérience toute récente de synchronicité ou de coïncidence qui m'est arrivée au cours de ces dernières semaines. Elle est certainement moins surprenante que certaines des précédentes — dont vous aurez peut-être un jour la primeur — mais elle fut à la mesure de mon attente, c'est à dire cuisante, et elle me permet en vous la livrant, de rendre hommage à celui qui fut un ami cher.
Le 16 Avril dernier, j'ai eu un échange de mails avec Dominique, l'un de nos Fidèles Abonnés, créateur d'une chaîne sur Youtube dont le lien figure sur ce blog, et que vous aurez eu sans aucun doute plaisir à visiter. Il s'agissait de rendre un hommage à Jacques Marchais, un ami très cher et un chanteur de grand talent, qui nous a quitté voici deux ans. Il manquait à Dominique des informations sur sa carrière et l'idée me vint soudain de consulter à cette fin Bernard Haller, un artiste ami de longue date, avec lequel Jacques avait fait de nombreuses tournées. Et pourquoi ne pas rendre également hommage à l'immense talent de l'humoriste qu'est Bernard Haller? Proposition qui enthousiasma Dominique. Je me proposai donc de reprendre contact avec Bernard que je n'avais pas vu depuis plusieurs années et dont j'avais perdu la trace, afin de lui en parler. Une amie commune, Anne-Marie, s'engagea à me communiquer son numéro de téléphone dés que Bernard l'aurait autorisée à le faire, ce dont je n'avais aucune raison de douter. Je me souvenais qu'au cour de ses tournées, il lui arrivait de venir partager un repas et une ballade autour de la Sainte Victoire du temps où je vivais à Aix-en-Provence.
J'attendais impatiemment son numéro de téléphone et me réjouissais par avance à l'idée d'entendre bientôt sa voix ou un message désopilant comme il avait coutume d'en laisser sur son répondeur.
Le 20 Avril, un message d'Anne-Marie me dit:
J'ai essayé de joindre Bernard mais il n'est pas à Paris, dès que j'aurai pu lui parler je t'enverrai ses coordonnées.
J'attendais donc, confiante.
Le 24 Avril, jour anniversaire du décès de mon père, deux emails, un de Anne-Marie et un de Dominique m'apprenaient la nouvelle du décès de Bernard Haller à Genève, annoncée aux informations télévisées.
Je ne l'entendrai pas me parler au téléphone, mais je suis sûre que Dominique nous permettra bientôt de l'entendre et peut être de le voir sur sa chaîne; et j'oublierai mes larmes pour rire encore et toujours de ses sketchs à la fois hilarants et truffés d'une satyre redoutable de nos travers humains.
Adieu Bernard, l'ami généreux, attentif aux autres et fidèle à lui-même, à l'image de l'animal tatoué sur sa cheville, le discret, le secret escargot caché dans sa coquille.

Le message que j'ai reçu avec la disparition soudaine de l'ami, simultanée à mon désir de le revoir et en synchronicité avec l'anniversaire du décès de mon père, m'a remis en mémoire ceci: la vie est un don du ciel aussi fugace qu'une étincelle, elle est précieuse pour autant qu'on lui donne du sens, rien ne justifie de la polluer ni de la gaspiller en pure perte, et il nous appartient de l'aimer quel que soit l'aspect qu'elle emprunte pour se manifester, que ce soit notre propre forme humaine, celle des autres, femmes, hommes de toutes races et de toutes couleurs, animale, végétale ou bien celle de notre Terre d'asile, notre Planète bleue.

Si vous avez eu des expériences de coïncidences ou de synchronicité, faites-les nous partager.
Salut et bises à tous.



dimanche 26 avril 2009

Mémoire Intemporelle


Extirpé du non-lieu, du non-temps, du vide antérieur à toute séparation d'avec la totalité Une, arraché à la saveur unique de n'être rien de particulier tout en étant complet, un point sans dimension pas beaucoup moins que rien entre en danse.

Invité par la vie, il résiste en vain. Rien, non rien n'arrêtera ce diable de processus qui le pousse invinciblement dans un tourbillon d'énergie car la Vie est entrée en lui.
Je me souviens… je me souviens de la première rébellion qui présida à ma conception. Elle fit l'objet du rêve qui hanta ma première nuit et celles des premières années de mon existence dans le monde des mortels. J'appartenais encore pour quelque temps à l'immensité sans borne, sans sujet ni objet, sans attribut, un monde nu.
Dans ce vide de tout concept et de tout amalgame organique, je n'étais que ce point infinitésimal luttant pour retourner au Vide, la bienheureuse paix, le non-lieu où rien ne contredit rien. Mais rien ne pouvait entraver ce diable de processus, une destinée m'était octroyée sans choix. Je devins une étincelle bleue. C'est sous cette forme que j'entrai dans la matrice et dans le monde des mortels lors de l'union amoureuse de mes parents. Je commençai dés lors à tourner dans la série la plus cotée:
"JE" danse avec la Vie... "JE"danse avec la Mort" ...
Saga très populaire agrémentée d'épisodes pleins de violence et de souffrances aussi cruelles que variées. Je sus d'emblée et ne l'oublierai pas, que la prétendue mort ne met pas un terme à ce conte de méchante fée, qui va ricochant de vie en mort, de mort en vie, enfermant l'être illusionné — dindon d'une mauvaise farce — dans un cercle magique apparemment sans issue.
Apparemment, car d'Aucuns ont trouvé l'issue de secours et s'évertuent depuis l'aube des temps à montrer le chemin menant à la délivrance. Mais les mortels, friands de pouvoir, de richesses, de gloire, oublient qu'ils ne font que briller fugitivement dans ce monde, pour ne s'intéresser qu'à leurs rêves. Les Éveillés, eux, sont à court de mots pour décrire ce qui est au-delà des mots à des rêveurs, ignorant qu'ils sont égarés dans un monde de leur fabrication construit sur des noms. Ils procèdent donc par symboles ou métaphores, par épopées ou contes de fées afin de pointer la réalité cachée sous les apparences induites par les sens.

Ce qui n'est pas nommé n'existe pas, scientifiques, philosophes, tous s'accordent à le dire. Le rêve — ou le cauchemar — que nous appelons "notre Vie", le rêve de notre société que nous nommons l' "Histoire", le Monde qui nous entoure et les objets qui le meublent reposent effectivement sur des concepts, des noms, des conventions. Alors… Lorsque l'on n'est qu'une infinitésimale étincelle bleue vacillant dans le vide, précipitée dans une matrice sans choix, et sans vocabulaire pour exprimer la première d'une série d'expériences qui vont s'enfiler comme des perles sur le collier de l'existence, il ne reste en somme, pour pallier le manque et tenter de la décrire, que le souvenir de ce rêve récurent, gravé dans la mémoire postérieure à l'événement.

Voici donc ce qui n'est qu'une approximation lointaine de ce qui parut se produire dans le Vide originel, ma demeure de félicité, au moment où un diable de processus me força à le quitter pour devenir fœtus, bébé et enfin, mortelle hallucinée.

AU SECOURS JE NAIS!

Je me souviens d’Ailleurs comme si j’en venais
J’en ai la nostalgie comme du plus précieux
Joyau de ma couronne
J'ai perdu mon royaume
Des contrées de la joie
Et je suis hors de moi
Otage d'un JE faussaire
J'ai perdu ma rivière
De diamants sans défaut
Une chaîne pesante
Faite de douze anneaux
Me maintient prisonnière

J'ai le goût d'un Ailleurs foyer de ma présence
Intime familier minuscule et immense
Libre comme le vent
Serein infiniment
Je me souviens d'Ailleurs comme de ma demeure
Mon domaine ou mon leurre spacieux comme le ciel
Je me souviens d'Ailleurs
Comme d’une musique
Sur une note unique
Faite à ma résonance
Ou comme une fragrance
Une unique saveur

Je me souviens d'Ailleurs
Comme d'une lumière
Dont je serais la source
Une clarté lunaire
Qui inonde le cœur
Illumine l'esprit
Je me souviens d'Ailleurs
Comme d'un don du ciel
Abolissant le manque
L'aliénation, la peur.

Que ne suis-je à moi-même
Un refuge de paix
Un tout puissant joyau
Accomplissant les souhaits
Que ne suis-je instrument
Musicien auditeur
Que ne suis-je musique
Exprimant cet ailleurs...

Ne suis-je pas Cela dans une non-mémoire
Un ici nulle part où les mots n'ont pas cours
Un non-lieu où la vie coule comme l'amour
Un non-temps où la mort
Ne fut jamais conçue
Mais... qui parle d'Ailleurs?
L'ailleurs de quel ici?
Comment le situer cet Ailleurs autrement
Ce parfum de présence
Ce goût de plénitude
Vide de référence

Et comment s'empêcher
De le chercher sans fin
Je l'ai c'est irritant
Sur le bout de la langue
Cette saveur unique
À nulle comparable
Je l'ai au bout du nez
Ce parfum de bonheur

Cet Ailleurs Autrement
Comme un air lancinant
Me parle d'un Ailleurs
D'un Autrement meilleur
Dont je me moque
Ici et maintenant
Éperdument

Mise en veille. Dans les champs de silence, dans l'espace indifférencié, dans l'intemporel, l'inconscience innée, dans l'inconnu sans borne sans friche et sans culture, germe une pulsation, un point sans dimension, un germe de conscience, une infime présence ignorée d'elle-même.

Mise en veille. Une aube d'être point, une onde se propage dans le champ indifférencié, un parfum de présence s'élève, conjuguant le verbe être avec cinq éléments, cinq facettes d'un seul et même diamant. Blanc, jaune, rouge, bleu, vert, les couleurs fusent. Dans l'indigo de la nuit galactique un cosmos se déploie sur la trame du vide. Sept cordes de lumière tissent l'arborescence des noms à l'infini, sept notes de musique égrenant leur arpège engendrent l'harmonie. Et voici que la Roue de Fortune commence à tourner.
Le programme est créé: Nouveau dossier

La conscience s'allume avec sa créativité produisant des images, des paroles, des pensées. Palais des vents, galeries de reflets, mirages apparaissant se dissolvant l'instant suivant.
Dans un passé lointain l’harmonique recule à l'horizon du son, se perd dans l'inaudible. Une étoile s'éteint. L'oubli rampant gagne du terrain, tisse une taie sur la conscience. Une chape de plomb tombe sur l'œil du ciel, obstrue la transparence, cache sa nudité. Dans le miroir du vide un mirage miroite, un écho s'amplifie, une image se profile. Déclic instantané, diaphragme obturé, l'acquis voile l'inné. La sagesse s'endort et le moi se réveille à jamais prisonnier du monde des reflets. Programme verrouillé.
Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?
Il n'y a rien à voir. L'imagination peut tout s'offrir et ne s'en prive pas, tu vois ce que JE veux dire?
Non. Que veut dire JE?
Passons notre chemin il n'y a rien à voir, que des effets spéciaux, de l'imagerie, de l'événement, des sensations, des émotions... Bon, d'accord, cela crée de l'animation, mais il n'y a pas de quoi fouetter une crème! Tout est gratuit. Simple effet produit, et un effet d'effet ne fait pas une cause mais toujours plus d'effet. Et plus tu y crois, plus tu y crois! Le cercle vicieux, quoi... tu vois ce que je veux dire!
Non, ma sœur, non, je ne vois toujours pas ce que "Je" veux dire.
Je vois l'indésirable se produire, sans choix, spontanément. Une cloche fêlée résonne platement. Le miroir de cristal divinement poli, le tout réfléchissant se brise en mille lignes, chaque ligne s'élance en mille directions dans une arborescence toujours plus foisonnante de concepts et de noms. Qu'est-ce qui peut mettre un terme à l'énumération? La liste des données va se multipliant, s'allonge à l'infini, s'enrichit follement... jusqu'où, ma soeur? Jusqu'à quand?
Jusqu'à ce que ton nom s'efface de la liste des vivants.

Tous les matins du monde à l'orée de la vie des trombes de je suis pleuvent de mon ciel de lit. La mémoire monte comme une marée, envahit le champ, déborde la conscience. Elle noie le visage de la réalité sous un rideau de pluie dont chaque goutte est moi. Des images éclosent du vide, des volées de concepts obturent la conscience, emplissent le silence, fermentent d'une aigreur qui fait lever la pâte du monde, et lorsque le soleil de la raison monte à l'horizon, éclipsant la clarté innée, la lune féminine s'efface sans discuter. Le rideau peut alors se lever sur la scène du monde, la mémoire est chargée, la représentation se joue dans un espace et un temps donnés, la fiction dont JE suis le protagoniste peut se dérouler.


Un simple grain de sable et ...
...l'indésirable se produit

Comment évoquer ce qui est autrement? Avant les mots? Comment te faire éprouver l'indescriptible situation, le laborieux processus de germination et de naissance du bébé en terre étrangère. Il ne reste pour le traduire que la musique, le chant, mais je suis née amnésique, j'ai perdu la trace de l'intemporel.
Il me reste pourtant un fil, un tracé subtil, un rêve inexplicable comme un tableau abstrait ou comme un code barres. Un rêve récurant qui imprègne les nuits du début de ma vie.
S'il pouvait rendre compte de ce qu'il a rêvé, que dirait l'embryon en train de s'incarner?

"Mais, ma parole! Quelque chose se produit! Que se passe-t-il? Rien ne va plus...je me plisse, me froisse, m’englue. Me voilà enlisé, embobiné, ratatiné. Je suis boisseau, fagot, buchette de mikado, je me hérisse en une herse de piques dressées pour m'empaler, je suis barbelé rouillé sur fond de ciel plombé. Retour au lisse... Délice... Oubli...Mais ma parole! Rien ne va plus...L'indésirable se produit.
Je suis saisi, tremblant comme de la gelée, je prends comme une sauce, me fige, me coagule. Perdu le fil de claire lumière, la fluidité, le lisse, le soyeux. Je ne suis plus, je deviens. Purée, caillot, grumeau, faux pli. Vite! Écarter, fouiller, lutter, se débattre, refuser de pédaler dans la glue. Arrêter le programme! Quitter... Quitter!
Où est la commande? L'issue de secours? Pas d'interstice, pas de vide par où se glisser. Compact. Trop épais. Écœurante, la mayonnaise prend, épaissit... je suis gelée... plâtre... béton. Comment arrête-t-on ce diable de processus?
Rien ne va plus. L’indésirable se produit.
Le fil est rompu. Qu'est-ce qui est rompu, fêlé, altéré, réduit, comprimé, densifié? Qu'est-ce qui s'est renversé, distordu, dénaturé?
Rien ne va plus. L'indésirable se produit

Rester sans mouvement. Faire le mort, comme si de rien n’était. Nier l’événement.... ça ne marche pas... ce diable de processus se déroule automatiquement... arrêter le courant.
Attention! Les lignes de force manifestent une tendance à se distordre... architecture bancale... attention... configuration perverse...
L'inacceptable se produit! Des dispositions malsaines cherchent à s'imposer. Schéma refusé! Refusé... refu....
Ouf! Le pire est évité.
Épuisantes, les tentatives se répètent en vue d’aboutir à une intégration acceptable. Où est la cible? Plis, frottements, rugosité. Revenir, vite revenir au lisse — le foyer, l'état antérieur, le non-lieu, le point sans dimension non inscrit dans le temps. Impossible.
Tout a commencé avec un infime battement de cil et le cil est tombé dans la soupe et la soupe a débordé et les vannes du ciel se sont ouvertes et l’espace et le temps déferlent. Au secours! La sauce prend! Les ingrédients s'assemblent sans qu'on n'y puisse rien. Tout devient compact. Noir.
Combien d'années lumière dure le processus? Des milliards? Une seconde d'inattention a peut-être suffi et...
SCHPLAOUF!
Naufrage dans la matière... Rien ne va plus, les jeux sont faits.... Je m’enlise... lise...lise...

L’improbable se produit:
AU SECOURS ! JE NAIS...
Je suis tombée du ciel dans l'océan du monde... et je ne sais même pas nager.

Il paraît que "JE" est de sexe féminin. Ils m'ont appelée
Lise.

mardi 7 avril 2009

"POUR VIVRE LE PRÉSENT IL FAUT ÊTRE VIDE"













Ai-je rêvé? Non j'ai bien entendu ces mots de la bouche de Michel Vaujour, entre la poire et le fromage, au cours d'une interview sur France 2 par Elise Lucet,

"Braqueur récidiviste, Michel Vaujour a passé vingt-sept ans en prison dont dix-sept à l'isolement, quartier de haute surveillance. Il s'est fait la belle à cinq reprises, la légende ayant retenu son évasion de la Santé en 1986, par hélicoptère, avec l'aide de sa compagne Nadine. Quatre mois plus tard, il est repris lors d'un braquage qui dégénère en fusillade, au cours de laquelle il prend une balle dans la tête. Hémiplégique, il se rééduque seul et bénéficie, en 2003, d'une modification de la loi sur les conditions d'obtention d'une libération conditionnelle. Il se voit accorder une remise de peine de seize ans."
Pour répondre aux questions du journaliste, Michel Vaujour tente d'expliquer "comment il a puisé des forces en lui, comment il a perdu " la capacité de la joie", comment il provoquait des situations limites parce que la seule chose qui le faisait vibrer, "c'était la mort", comment il s'est réinventé "par le voyage intérieur". Il parle de "la beauté de ce qui nous est offert". Des yeux bleus, une émotion qui affleure, une puissance spirituelle qui impressionne l'écran…
LE MONDE | 07.04.09 | 15h44

…il parle de la concentration sur un point unique, le regard braqué vers l'intérieur, Élise Lucet s'exclame "Mais alors, vous êtes un moine zen!" L'homme se contente de sourire, il s'est libéré de tous liens, y compris des plus tenaces: les labellisations.

"Ne me libérez pas, je m'en charge" : portrait du détenu en geôlier de lui-même, un film de Fabienne Godet à ne pas manquer.

Michel Vaujour vient à point pour m'aider à formuler ce que signifie le titre de ce blog, Recherche dans le Vide.
La toile est l'espace virtuel dans lequel tout peut s'inscrire. Le vide est la condition première pour que n'importe quoi puisse s'afficher. Sans le vide de la page blanche, rien ne pourrait apparaître. Sans le vide galactique, pas d'étoiles, de planètes, de galaxies, d'univers et donc, ni terre, ni humains, ni quoique ce soit. Dans le plein rien ne peut être ajouté, ni le boire, ni le manger, ni le bébé,rien ne peut advenir, pas de place pour l'existence phénoménale.
Ce qui est vrai pour le monde physique l'est également pour l'espace de la conscience. Si notre esprit était bourré de pensées, il n'y aurait pas de place pour la moindre idée nouvelle, pas de création, pas d'ouverture, aucune fenêtre sur l'immensité, pas de nuit étoilée, que du plein! Un cauchemar en béton.
Dans une pièce entièrement bourrée de meubles on ne pourrait chercher ni trouver le moindre objet.
Le Vide est donc non seulement précieux mais indispensable, et cependant, pour beaucoup d'entre nous, y faire face ressemble à une "mise en abîme", la terreur, le néant, la mort… C'est ainsi que dans notre refus d'affronter le silence mental, nous vivons parasités par des pensées incessantes, ce que certains appellent "la voix dans notre tête".
Faut-il donc être en prison, en quartier de haute surveillance, dans la solitude, le silence, coupé de toute stimulation sensorielle, de toute affection, de toute forme de vie pour affronter le vide? Faut-il être un moine bouddhiste en retraite dans le noir comme cela se pratique dans la recherche spirituelle?
Non. Laisser le flot des pensées s'écouler sans y prêter attention est une possibilité à la portée de chacun, le moyen et l'occasion d'être présent ici et maintenant au lieu d'être perdu dans ses pensées. Des pensées pour la plupart futiles —vaines comme dirait l'Ecclésiaste.
Si l'on en croit l'expérience de Michel Vaujour, et celle de bien des chercheurs spirituels, pour réaliser combien il est merveilleux d'être vivant "il faut vivre au présent, et pour vivre au présent il faut être vide".
Tel est le fin mot de l'histoire qui débouche sur… devinez quoi?
La Recherche dans le Vide, et peut-être bien aussi sur le bonheur de vivre même avec le minimum vital et en période de crise!