http://lisemedini.blogspot.com/2009/06/synchronicite-suite-n5.html
(J'ai commis une erreur, ce lien conduit à une autre aventure de synchronicité sans rapport avec la sensibilité des plantes)
PENSÉES DU JOUR PROFONDES OU FRIVOLES SUR LA RECHERCHE DU BONHEUR INSPIRÉES PAR L'ENSEIGNEMENT DU BOUDDHA LES MAÎTRES DE TOUTE TRADITION LES CHAMANS LES CHERCHEURS SCIENTIFIQUES LES FOUS LES AUTISTES LES POÈTES LES GENS DE LA RUE ET DE LA TOILE.



Je suis de toute évidence.
Simple constat. Voilà. C'est tout.
Lorsqu'on détourne son attention du spectacle permanent du monde, que l'on cesse de fabriquer quoique ce soit avec ses mains ou son esprit tout en restant intensément présent à soi-même, que perçoit-on? Un "Je suis" de toute évidence s'impose à nous sans mots. On l'éprouve, on le sait sans avoir recours à la pensée. Simultanément, l'on découvre que ce "je suis", né du silence, n'est pas différent de tous les je suis du passé du présent du futur réunis ici maintenant dans l'instant. Je n'ai jamais cessé d'être cela, même en rêvant, même en dormant.
Ainsi, je suis! Et il en est de même pour chaque être vivant. Et tout comme je tiens passionnément à rester consciente de ce je suis, chacun y tient pareillement. Même le moustique aime être et redoute la main qui va s'abattre sur lui, et je ne vois pas ce que cela change d'affirmer que c'est instinctif. Il n'y a qu'un seul et unique je suis, un être infinitif, un étant participe présent, impersonnel, qui a sa source et sa demeure en chaque être vivant, mais pas à la manière d'un Dieu au sens commun du terme, mais en tant que pure présence, consciente du fait d'être.
Ainsi donc chacun se sent être tout comme je le ressens. J'écoutais ce sentiment résonner et ricocher dans des zones profondes de conscience, la pensée le traduisait en mots: nous, tous les êtres vivants, avons ce fond commun. Cela saute aux yeux une fois qu'on l'a vue, je suis a le même goût pour tout le monde — quand il n'est pas additionné du piment des émotions —, le goût même de l'existence, la saveur d'être. On l'éprouve surtout dans les moments d'émotions fortes, joie, colère, peur, en particulier si notre vie est menacée, et dans ce cas, j'ai l'intime conviction que la certitude d'être et d'y tenir bigrement est aussi intense pour le moustique qui voit la main prête à s'abattre sur lui que pour le ci-devant face au bourreau et à la guillotine.
Bon, alors je suis… comme tout le monde, mais cela ne me dit pas de quelle nature je suis vraiment. Toute de matière? Toute d'esprit? Ou bien moitié-moitié? Ou quelque chose de tout autre qui n'est ni l'un ni l'autre, ni les deux réunis?
À ce stade de mon enquête, mon intuition me souffla un vent de liberté qui fit naître ma détermination : j'étais à un carrefour de mon existence et je me savais libre de choisir ma direction. Allais-je conserver ma vie bourgeoise, ma Lancia métallisée et ma liberté restreinte pour prendre les autoroutes de la Grande Illusion? Choisir la renommée, le vedettariat, le luxe, les média, pleins d'attraits et de pièges pour une jeune femme de mon époque? Je décidais de renoncer à mon confortable cadre de vie — cela ne me coûtait guère — au public et à la scène avec lesquels je me sentais enfin à l'aise, à dix ans de métier d'auteur compositeur interprète chèrement acquis. Il me fallut longtemps pour admettre que dans ce domaine, je m'étais lésée, mais forte de ma trentaine glorieuse couronnée par la naissance d'un fils — rayon de miel et de lumière — et de la présence à mes côtés de son père, confiante dans l'amour qu'ils m'inspiraient, j'ai pris sans hésiter "la route des Indes" et des légendaires chemins de Katmandou. J'étais déterminée à trouver coûte que coûte celui ou celle qui confondrait mes doutes et m'aiderait à découvrir la vérité sur ce que j'appelle mon moi de fortune, sur ce drôle d'Univers tricoté d'espace et de temps, et sur ce que j'étais venue faire dans ce monde étrange, inhumain.
Je devais rencontrer Lama Thubten Yéshé l'ami spirituel que j'appelai de mes vœux, dans la vallée de Katmandou quatre mois après mon arrivée en Inde. Pourtant, ce n'est pas lui qui s'est présenté en premier mais celui qui m'a mis sur sa piste, son propre maître, le messager de la sagesse, de la compassion et de la vérité dont j'étais assoiffée, l'élu du peuple Tibétain et de bien des chercheurs spirituels de par le monde, je veux parler de Sa Sainteté Tenzin Gyatso le XIVè. Dalai Lama.
Cette rencontre tellement tellement improbable m'a laissée médusée au point qu'aujourd'hui encore, après tant d'années, je frémis en écrivant ces mots comme si le temps ne s'était pas écoulé. C'est ainsi que "cela" arrive, c'est ici et maintenant que tout peut toujours arriver, à chaque instant, sans s'annoncer. Miracle ou calamité. Nous avons intérêt à devenir flexibles, et pas seulement en exerçant notre corps en petites foulées, mais également notre esprit, afin de développer sa capacité à lâcher nos schémas de pensées caduques au profit d'un nouveau paradigme mieux adapté à l'évolution. La loi de l'évolution des espèces découverte par Darwin nous rappelle que sommes condamnés à muter ou à disparaître. Mais qui a dit que les disparus sont plus à plaindre que les apparus? Encore un préjugé à reconsidérer!
Pour revenir à cette rencontre insolite, elle me parait exemplaire de ce que K.G Jung a dénommé la synchronicité. Le fait que le Dalai Lama soit arrivé au Kashmir, à Srinagar, sur le lac Dal, justement à l'époque où nous y séjournions, me parut l'effet d'une grâce — encore que je ne sache guère ce que recouvre ce mot. Nous demeurions à bord du "New Cuty Sark", un petit houseboat dont les boiseries de cèdre richement sculpté répandait un parfum entêtant; ancrée au milieu du lac semé de lotus roses, cette idyllique demeure flottante nous avait été attribuée pour la saison ainsi qu'un cuisinier et un serviteur, Gulam Rassoul, un jeune Kashmiri timide et empressé, parfaitement stylé, qui nous servait nos repas pieds nus et en gants blancs. Il sut d'instinct protéger notre intimité contre l'intrusion des marchands dont les shikaras débordant de marchandises se collaient au New Cutty Sark comme des tiques sur un chien.
Après m'être levée dés 4h pour aller à l'aéroport accueillir les groupes de touristes français que je devais accompagner jusqu'à leurs houseboats respectifs, et par la suite, guider tout au long d'un circuit au Kashmir et au Ladakh, j'étais revenue sur le house-boat amiral de Monsieur Siah, l'ainé des Siah's Brothers, les "Parrains" tout puissants de ce petit Milieu lacustre, qui fournissaient à prix d'or et en s'allouant de juteuses commissions sur les achats de leurs hôtes, les élégantes prestations hôtelières flottantes réservées à nos groupes.
Épuisée de fatigue, en manque de sommeil, j'avais accepté le déjeuner tardif que le vieux Siah magnanime me faisait servir; il avait certainement quelque bonne raison peu désintéressée de vouloir m'amadouer; et tandis que je dégustais un délicieux curry d'agneau appelé Rogan Josh, mes yeux, embués de larmes arrachées par le piment suivaient distraitement le balancement du houseboat voisin, auquel on accédait par quelques marches et un petit ponton, le légendaire palais flottant, Alif Laila.
Soudain, une agitation et des bruits inaccoutumés se manifestèrent au loin sur la rive, au niveau de l'embarcadère. Monsieur Siah vint s'accouder à ma table et avec un clin d'œil appuyé me lança " Do you know who is coming here, in my place? —Savez-vous qui j'attends ici, chez moi ? The Dalai Lama!." Je crus que c'était une de ces lourdes plaisanteries dont il était coutumier. Mais là-bas, sur Boulevard Street, l'artère circulaire du lac, je distinguai un cortège de voitures de luxe suivi de nombreuses Jeeps, et au bout d'un certain temps, quittant le rivage, je vis s'avancer vers nous une flottille de shikaras aux courtines de coton blanc, débordant de robes brunes et jaunes, couleurs traditionnelles des moines bouddhistes tibétains. Non, cela ne ressemblait pas à une blague!
Quelques instants plus tard, Tenzin Gyatso adressant à la ronde son regard et son sourire chaleureux, abordait sur le houseboat où je me trouvais et traversant la passerelle qui conduisait au Palace voisin s'engouffra dans le Alif Laila, suivi d'une envolée de robes brunes.
Averti par un membre de sa suite que deux Européens souhaitaient le rencontrer, c'est lui qui vint vers nous la main tendue; les convives ayant eu l'honneur de partager son repas s'écartèrent formant deux rangs pour lui ouvrir un passage jusqu'à nous. Notre rencontre avec le Dalai Lama ne dura que quelques instants. De sa voix chaude et musicale il nous interrogea en Anglais, mon compagnon et moi-même, nous posant quatre questions apparemment banales mais qui m'ébranlèrent profondément tant elles me parures essentielles: Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Où Allez-vous? Que cherchez-vous? Je restais muette, dévorant des yeux cet homme qui me souriait avec une gentillesse incroyable et prenait la liberté de faire attendre son entourage, tous les notables du pays venus l'honorer, à seule fin de nous consacrer quelques minutes de son temps précieux. Mon compagnon, répondait comme il se doit "Nous sommes Français, nous venons de Paris et nous allons visiter l'Inde, et peut-être aussi le Népal etc." tandis qu'à la question "que cherchez-vous" je hurlais intérieurement "Mon guide spirituel" comme s'il avait le pouvoir de le sortir du sac en coton jaune qu'il portait à l'épaule. Il nous laissa sur un sourire lumineux, se retournant plusieurs fois en agitant la main vers nous tandis qu'il s'éloignait. Pendant l'heure qui suivit cette rencontre, un barrage émotionnel s'effondra libérant ma poitrine de je ne sais quelles séquelles obscures et des larmes de joie roulèrent le long de mes joues avec une telle abondance et si interminablement, que mon compagnon, attendant patiemment la fin de ce silencieux orage finit par chuchoter à mon oreille avec son humour coutumier que le lac Dal était sur le point de déborder et le houseboat prêt à rompre ses amarres. Au milieu de mes larmes, l'éclat de rire.
D'autres rencontres avec le Dalai Lama suivirent celle-ci, un entretien privé en 1986, chez lui, à Mac Léod Ganj, et maintes autres fois en divers lieux dans le monde, où il conférait des initiations suivies de plusieurs jours d'enseignements où nous venions nombreux, du monde entier, apprendre de bouche à oreille, comme au temps du Bouddha, la voie de la sagesse et de la compassion ainsi que les techniques de méditation spécifiques à la tradition du bouddhisme tantrique Tibétain.
Quelques semaines plus tard, comme nous visitions Katmandou, mon regard tomba sur un minuscule imprimé collé sur la porte d'entrée d'un restaurant, proposant un cours de méditation bouddhiste en retraite très stricte d'un mois, au monastère de Kopan. C'est alors, en Novembre 1976, que notre voyage touristique se transforma en voyage d'études et à Kopan Gompa, humble monastère voisin du formidable stupa de Bodhnath, juché sur une colline dominant la vallée de Kathmandu, qu'eut lieu la rencontre avec celui qui se révéla dés ses premiers mots et l'explosion de son rire himalayen comme mon guide spirituel, et le resta pour mon plus grand bonheur jusqu'à sa disparition en Mars 1984: Lama Thubten Yeshé.
Mais ceci appartient à un autre chapitre qui reste à écrire.

Voici ce qui m'est arrivé il y a quelques mois à peine. J'avoue avoir hésité avant de me décider à vous raconter cet événement qui révèle mon rapport intime avec la Nature ou ce que j'appelle ma vraie nature, source que je situe au centre de chacun de nous et à laquelle nous pouvons tous puiser en abondance énergie, amour et sagesse.
À dire vrai, les expériences de synchronicité se produisent pour moi en relation avec la confiance que j'ai dans ma faculté de me relier aux forces de l'univers et de recevoir leurs lumières. Je les crois bienveillantes, intelligentes, et elles éclairent ma route à moins que mes vieux schémas préfabriqués n'y projettent leur ombre, et ceux-ci, il m'incombe de les reconnaître afin de ne pas tomber dans leurs pièges. Je n'y parviens pas toujours d'emblée, je le confesse, je fais la sourde oreille pendant un temps, mais l'aiguillon de la vérité — qui ne me laisse jamais en paix — vient finalement à bout de ma surdité. Mais venons-en au fait.
Je ne sais pas s'il faut l'attribuer à la foi ou à la superstition, mais je porte à mon cou une chaîne d'or héritée de ma mère à laquelle sont venus s'ajouter des gris-gris auxquels je suis attachée; en particulier un médaillon d'argent rond, ciselé, contenant une miniature indienne, une sorte de mandala peint à la main protégé par un verre. Il m'a été offert lors d'un voyage, par un membre de la famille du Maharajah de Jodhpur et ne m'a pas quittée depuis plus de vingt ans. Personne, même parmi les initiés indiens à qui je me suis adressée, n'a pu me traduire les symboles qui figurent sur cette peinture. Pour toute information, j'ai appris qu'ils se réfèrent au Tantra de la Grande Mère, car en Inde, Dieu est aussi adoré sous forme féminine. Cet objet quelque peu énigmatique possède, il faut le reconnaître, d'étranges vertus, en particulier celle de fasciner certaines personnes croisées dans la rue, dans une boutique ou dans les transports en commun, au point qu'elles sont incapables d'en détacher leur regard, et qu'elles finissent, à leur propre étonnement, par le pointer du doigt — quand elles n'essaient pas de le prendre en main — et m'interrogent sur ce qu'il représente. J'ai avec cet objet une relation très particulière, je le crois capable de diffuser l'éveil de la conscience et l'amour qu'il symbolise.
Or, voici qu'un jour, faisant le tour de mes plantations selon mon habitude, je me penchais sur chaque plante, fleur, arbuste ou arbre fruitier, vérifiant qu'aucun n'était habité par des parasites ou ne souffrait d'un manque d'eau, de terreau, ou bien d'un mot d'encouragement accompagné d'une caresse; car je crois les végétaux doués d'une certaine sensibilité et je m'adresse à eux comme à l'une des formes que revêt la vie pour s'embellir. Je me suis donné pour tâche de les faire naître, de les protéger, de leur permettre de croître et d'orner la Terre. Au cours de cette visite, je tenais ma chaîne et le médaillon à la main. Quelques heures plus tard, un sentiment de manque me fit porter la main à mon cou et je ne pus que constater son absence. C'était le crépuscule et il faisait déjà bien sombre pour me mettre en quête du bijou, il fallait donc remettre ma recherche au lendemain. J'étais confiante, sûre de le retrouver rapidement.
Au matin, je tentai de refaire le trajet de la veille, mais je ne me souvenais pas vraiment de mon circuit; il se confondait avec celui des jours précédents, et je réalisai bientôt qu'il couvrait une vaste étendue. Ce ne serait peut-être pas aussi simple que je l'avais imaginé. Un jour s'écoula en recherches vaines, puis deux, trois… Je devins obsédée. Chaque jour qui passait me voyait perdre un peu plus l'espoir de retrouver mon médaillon. Je fis appel à un ami sourcier du village voisin, qui vint avec son pendule. Échec. Il me dit que cet objet était magique et ne se laissait pas trouver. Ah bon! Au bout de deux semaines, je décidais d'en faire mon deuil et de cesser de le chercher. Après tout, le moment était venu de m'exercer au lâcher prise et au non attachement.
Plus facile à dire qu'à faire! Dès que je mettais le pied dehors, mes yeux fouillaient chaque pierre du chemin, chaque touffe d'herbe et je ne pouvais m'empêcher de penser que ma chaîne gisait quelque part, peut-être tout près de moi, enfouie dans l'herbe touffue, au pied d'un arbre ou d'une des plantes que j'avais visitées voici deux semaines. Hé bien, puisqu'il en était ainsi, j'allais faire une ultime tentative et, m'adressant aux arbres, aux massifs de fleurs et à chaque brin d'herbe avec la plus profonde sincérité, je les priai mentalement en ces termes:
"Vous tous que j'aime et à qui je prodigue tous mes soins, je suis sûre que vous savez où se trouve la chaîne que j'ai perdue. Voulez-vous m'aider à la retrouver? Oh, je vous en prie! Si vous êtes d'accord, je vais marcher les yeux fermés et je vous laisserai me guider jusqu'à elle".
Ce que je fis, entrouvrant un œil de temps en temps pour ne pas tomber. J'avançais lentement, au hasard; au bout de quelques minutes, une pensée me traversa l'esprit, le soleil étant au zénith il devrait faire rayonner l'or de la chaîne et la désigner ainsi à mon regard; ouvrant les yeux à cet instant, je vis effectivement scintiller quelque chose à deux mètres de mes pieds, dans une botte de thym. Le cœur battant, acceptant d'avance la possibilité d'une déception — ce pouvait être un silex ou un de ces vieux C.D. que j'attachais aux cerisiers pour éloigner les oiseaux — je me penchai sur la plante et, à son pied noueux, enfouis parmi les herbes et les feuilles mortes, je trouvai la chaîne et le médaillon que je désespérais de revoir.
Entre ma prière et le moment où je vis l'or scintiller, il ne s'était pas écoulé plus de cinq minutes. Inutile de vous dire mon bonheur et la gratitude que je m'empressai de manifester à mes merveilleux amis les arbres et les plantes. M'approchant de chacun, je déposai un baiser par ci, une caresse par là, osant à peine effleurer la pensée du miracle qui venait de se produire, mais quelle joie! Et cela, par la grâce de mon jardin.
Coïncidence? Synchronicité? Quoique cela puisse être, d'où que cela vienne et quelle qu'en soit la médiation, pourquoi nommer ce qui dépasse les noms? Nous ne pouvons encore une fois que remercier la Vie et l'Univers pleins de forces à l'œuvre, prêtes à guider nos pas et à développer la foi dans notre infini potentiel humain.